Former son scion : les trois premières années
Quatre principes avant de sortir le sécateur :
- Une branche qui monte fait du bois, une branche couchée fait des fruits. On ouvre les branches plutôt que de les raccourcir.
- Couper juste au-dessus d'un œil tourné vers l'extérieur, en biais : la nouvelle pousse partira vers l'extérieur.
- On ne coupe pas d'office. Un scion qui a déjà des branches bien placées les garde ; on enlève celles trop basses.
- Le bon moment dépend de l'espèce (voir plus bas).
La forme qu'on recommande : l'axe vertical
Le gobelet est une forme courante, mais le CRA-W privilégie aujourd'hui l'axe central. Un seul tronc, la flèche, porte des branches presque à plat, étage par étage. On coupe très peu, et jamais la flèche. Convient au pommier, poirier, prunier et cerisier, et c'est la forme idéale sur porte-greffe peu vigoureux.
- À la plantation. On ne coupe pas la flèche, même si le scion est nu : on la laisse pousser droit.
- Le premier été. Une seule pousse prolonge le tronc : on enlève sa concurrente. Les rameaux qui partent à plat, on les laisse.
- Ensuite. On garde 4 à 6 branches bien étagées autour du tronc. Celles qui montent droit ou qui dépassent la moitié de l'épaisseur du tronc s'enlèvent à leur base, jamais au milieu. En option : arquer une branche bien placée mais trop verticale, avec un lien souple.
Les autres formes, en bref
Pyramide basse (souvent appelée « buisson ») : un tronc court (40–60 cm), la flèche au centre et 3 à 4 branches autour. À la plantation, garder les rameaux bien placés entre 40 et 60 cm, ou couper un scion nu à 60–70 cm. Le premier été, garder la flèche et 3 à 4 branches bien réparties. À la 2e taille, raccourcir les branches d'un tiers au-dessus d'un œil extérieur, puis ne couper que ce qui part vers le centre ou se croise.
Gobelet : pas de flèche, 3 branches en V et le centre vide. Au printemps de la plantation, couper à 50–80 cm au-dessus de 3 yeux bien répartis ; le premier été, garder 3 branches à ~45° ; à la 2e taille, couper chaque branche à 30–40 cm au-dessus de 2 yeux extérieurs. Pour le pêcher : seulement en site chaud et abrité, sinon en éventail contre un mur au sud.
Quand tailler ?
Pommier et poirier : en fin d'hiver (février–mars), arbre au repos, hors gel. Prunier, cerisier, pêcher : jamais en hiver — les plaies laissent entrer la maladie du plomb et le chancre. On les taille en été, après la récolte ; la formation des jeunes arbres peut se faire au printemps, quand les bourgeons s'ouvrent. Toujours par temps sec. Courber une branche : en été, quand le bois est souple (en hiver, il casse).
Les erreurs de débutant
- Couper trop : chaque coupe relance du bois au lieu des fruits.
- Laisser deux flèches : une seule pousse prolonge le tronc.
- Garder une branche collée au tronc (angle trop fermé) : elle casse sous les fruits, il faut l'enlever.
- Attacher au fil de fer : il étrangle. Ficelle ou lien souple, retiré après une saison.
- Laisser les fruits trop tôt : les enlever la 1re année ; la 2e, un ou deux au plus.
- Oublier les pousses du pied : sous la greffe, c'est le porte-greffe qui repart. Les arracher.
Arrosage
Les deux premiers étés, surveille le sol : par temps sec, un arrosage copieux par semaine au pied vaut mieux que plein de petits. Un arbre bien enraciné se débrouille ensuite tout seul, sauf sécheresse exceptionnelle.
Fertilisation
Rien les deux premières années. Ensuite, un peu de compost mûr en surface à l'automne. Évite les engrais azotés : ils font des pousses tendres, appréciées des pucerons et des maladies.
Protéger son verger — d'abord sans rien pulvériser
La grande majorité des problèmes se règlent sans produit, par l'observation et quelques gestes :
- Bandes-pièges en carton ondulé autour du tronc (à poser en été, à retirer et brûler en hiver) : elles piègent les chenilles de carpocapse et les anthonomes qui viennent s'y abriter.
- Ramasser les feuilles mortes à l'automne : c'est là que la tavelure passe l'hiver.
- Enlever les fruits momifiés restés sur l'arbre ou tombés au sol (moniliose).
- Couper et évacuer les rameaux malades ou chancreux — jamais au compost.
- Nichoirs à mésanges : un couple nourrit sa nichée de milliers de chenilles.
- Haies et bandes fleuries : elles hébergent coccinelles, syrphes et chrysopes, qui mangent les pucerons.
- Colliers englués sur le tronc contre les fourmis, qui élèvent et protègent les pucerons.
- Taille aérée : un arbre qui sèche vite après la pluie fait moins de maladies.
- Variétés peu sensibles : c'est le choix de départ qui évite le plus de soucis.
En dernier recours seulement, des traitements autorisés en bio existent (soufre, huile blanche, Bacillus thuringiensis, virus de la granulose contre le carpocapse, cuivre). À utiliser avec parcimonie : le cuivre, par exemple, s'accumule dans le sol au fil des années.
Récolte & conservation
Chaque variété a sa période — clique sur une variété dans le catalogue pour voir sa fiche (récolte, usages, conservation). Les pommes de garde se conservent dans un local frais (2 à 6 °C), aéré, sombre et à l'abri du gel.